Bob Bortolussi

Bob Bortolussi

Bob Bortolussi

J’aime les chiffres et je ne résiste donc pas à la tentation. En voilà quatre qui me permettront de vous raconter l’histoire de MicroResearch : 30, 800, 25 et 3!

Trente, c’est le nombre d’ateliers offerts par MicroResearch depuis que Noni MacDonald et moi avons conçu le programme en 2008. Huit cents est le nombre de participants. Vingt-cinq : le nombre de projets que le programme a contribué à lancer en Afrique. Et dans les paragraphes qui suivent, je vais vous raconter l’histoire de trois des participants au dernier atelier en date offert à l’Université de Kabarak.

Philip Towett

Philip Towett

Philip a attiré mon attention dès le premier jour de l’atelier. C’est l’étudiant rêvé, manifestement ravi d’apprendre, qui se laisse pénétrer par chaque leçon. Il dit avoir beaucoup aimé la façon dont MicroResearch l’a aidé à envisager la recherche d’un œil nouveau : « J’aime que vous démystifiiez les concepts. » Mais il ne lui était pas facile de participer : il devait pour ce faire doubler ses heures de travail comme enseignant afin de compenser son absence. Je tenais à entendre son histoire et à l’ajouter à de nombreuses autres. En effet, j’ai appris qu’en Afrique, il y a peu de vies ordinaires.

Philip est né dans le comté de Bomet, dans l’ouest du Kenya, sixième d’une famille de dix enfants. Ses parents pratiquaient une agriculture de subsistance et pour eux, l’éducation restait un rêve pratiquement impossible à réaliser, mais un espoir qu’ils ne voulaient pas abandonner pour les sept frères et les trois sœurs.

Stephen, l’aîné, était particulièrement doué. Ses parents l’ont aidé jusqu’à la 7e année, mais ils ne pouvaient faire davantage. Or, leur fils avait manifestement tout le talent nécessaire pour aller plus loin. La chance a voulu que le jeune homme trouve un emploi à l’Hôpital Tenwek, où il a assisté le Dr Ernest Steury, premier médecin missionnaire, dans les activités courantes de la salle d’opération. Une chance qui pourrait bien se répercuter sur plusieurs générations. Le Dr Steury a constaté le potentiel de Stephen et l’a inspiré, lui et quelques autres. Grâce à l’argent épargné sur son salaire, Stephen a aidé ses frères et sœurs à étudier plus longtemps que lui. C’est un modèle d’entraide familiale que j’ai souvent observé en Afrique. Toute une fratrie profite de la chance que Dieu leur a donnée d’avoir une famille, où joue un effet multiplicateur. Malheureusement, deux des frères et sœurs de Stephen sont morts en bas âge, mais il a aidé tous les autres à se scolariser davantage. C’est ainsi que l’un est devenu agent de police et une autre est devenue infirmière. Philip lui-même n’aurait sans doute pas dépassé l’école secondaire sans le soutien de son frère.

Grâce à l’aide de Stephen et à ses propres efforts, Philip a accompli beaucoup. Il a obtenu un baccalauréat en sciences infirmières avec distinction à l’Université des Grands Lacs de Kisumu et une maîtrise en santé et développement communautaires. Le voici doctorant à l’Université d’agriculture et de technologie Jomo Kenyata, mais il conserve son travail à temps plein à l’École des sciences infirmières de l’Université Tenweck. Sur les traces de son frère et fidèle à la tradition africaine d’entraide familiale, il aide sa famille, ses neveux et ses nièces à poursuivre leurs études au secondaire et au delà. « On m’a donné beaucoup et je sais qu’on attend beaucoup de moi », dit-il.

Sifora Fanta

Sifora Fanta

Sifora est en première année de résidence en médecine familiale à Kabarak. Je lui donne à peine trente ans, mais elle semble avoir une longue expérience pour son âge. Douée d’un sourire chaleureux et toujours prompt, elle illumine la pièce de sa joie et de son enthousiasme.

En fait, Sifora est éthiopienne, mais elle a vécu à l’étranger pendant toute sa jeunesse et fait maintenant sa résidence au Kenya. C’est ce qui explique en partie qu’elle parle couramment cinq langues. Parmi celles-ci, l’amharique, censé être la plus difficile avec un alphabet de 250 lettres. C’est pourtant celle qu’elle a apprise en premier en grandissant dans son pays natal, après sa langue maternelle, le walaytegna, qui se parlait dans sa région. Elle maîtrise aussi l’anglais, qu’elle a appris à l’école. Sa quatrième langue – si vous avez suivi – pourra surprendre. Il s’agit du tagalog, une langue des Philippines qu’elle a apprise parce que c’est là qu’elle a fait l’école secondaire et la faculté de médecine. Enfin (jusqu’ici), elle parle aussi le kiswahili, principale langue du Kenya. Elle trébuche encore un peu, mais je sens que la conquête n’est pas loin.

Sifora m’a raconté que c’est le médecin de sa famille, naguère, à Soddo, en Éthiopie, qui lui a inspiré le goût d’étudier dans ce domaine. Quand sa formation sera terminée, elle compte retourner pratiquer la médecine familiale à Soddo, tout comme son mentor, mais elle doit d’abord réaliser un projet de recherche. L’atelier donné par MicroResearch est justement conçu pour l’aider à atteindre cet objectif. Du reste, elle comprend le rôle de cette étape. « À moins de faire de la recherche, nous ne changerons rien et nous ne pourrons pas résoudre nos problèmes. Je crois que MicroResearch va m’aider à y parvenir. »

Amy Akim

Amy Akim

Amy est née à Nakuru, au Kenya, mais a grandi à Mombasa. Elle vit de nouveau à Nakuru, qui est la plus grande ville des environs de l’Université de Kabarak. Ses parents sont tous deux agents de santé publique à Mombasa, au Kenya. Vraisemblablement inspirées par eux, Amy et ses deux sœurs ont toutes choisi une carrière au service des autres. L’une d’elles est travailleuse sociale et l’autre est décoratrice d’intérieur. Toutes trois ont l’impression d’avoir le devoir d’aider la population pauvre du Kenya. Au nom de ses sœurs et en son nom, Amy déclare : « Travailler pour les communautés défavorisées : voilà ce qu’il faut faire. »

Amy est une jeune femme pensive et calme, qui exprime ses idées clairement, avec éloquence. Les qualités que j’ai observées chez elle pendant l’atelier d’octobre font d’elle, à mon avis, une meneuse naturelle et une enseignante de talent. De fait, elle m’a expliqué avec brio les principes sur lesquels repose le système d’éducation kenyan, un système qui me paraît d’ailleurs bien pensé.

Les diplômés du secondaire qui sont choisis peuvent entrer à l’université, où leurs études sont financées en partie par le gouvernement. Pour être admissibles, toutefois, ils doivent passer deux ans au sein de la communauté, à apprendre les leçons de la vie auprès de leur famille et des aînés. Ensuite, ceux d’entre eux qui ont le mieux réussi pourraient être admis au programme de médecine d’une durée de cinq ans, qui débouche sur un baccalauréat en médecine et un baccalauréat en chirurgie. Après ce dernier, les étudiants sont affectés à un hôpital étatique. Amy a accompli deux années de travaux dans des hôpitaux de Kangundo et de Machakos, au Kenya, deux régions où les besoins vont croissant. Son ambition est maintenant de décrocher une maîtrise en médecine familiale, étape obligatoire du parcours d’un spécialiste de la médecine familiale dans son pays. Pour ce faire, elle doit mener à bien un projet de recherche et en publier les résultats. L’Université de Kabarak compte d’ailleurs traduire ses résultats en mesures concrètes. Nos hôtes, à Kabarak, espèrent que le programme de MicroResearch favorisera la réussite de la recherche et sa traduction en actions. Quant à Amy, elle dit avoir « hâte de mettre en pratique ce qu’elle a appris ».


Biographie en bref :

Le Dr Robert (Bob) Bortolussi est professeur de pédiatrie, de microbiologie et d’immunologie à la Faculté de médecine de l’Université de Dalhousie. Il est également spécialiste clinicien des maladies infectieuses chez les enfants à l’IWK Health Centre de Halifax, au Canada, où il a été président des services de recherche. Il a été en outre directeur des programmes d’études au Programme canadien de cliniciens-chercheurs en santé de l’enfant (PCCCSE). Il est actuellement membre du Canadian Centre for Vaccinology. L’un de ses projets est la codirection d’une initiative de microrecherche avec la Dre Noni MacDonald en Afrique orientale. Bob a travaillé au Rwanda, en Tanzanie et au Kenya en 2016 et en 2017, à la réalisation de projets conjoints de MicroResearch et d’USF. Il ira au Népal à la fin de 2017.