développement des capacités

Colombie – Collaborer davantage avec les organismes de santé autochtones

En Colombie, des chercheurs et des communautés autochtones jettent les bases d’une collaboration et d’un partage de données éthiques.

Des communautés autochtones qui luttent depuis longtemps pour protéger leurs terres, leurs savoirs et leur culture contre l’exploitation revendiquent maintenant le contrôle de leurs données en matière de santé : une étape nécessaire vers des soins de meilleure qualité.

Pour beaucoup d’organismes de santé autochtones, l’incapacité de recueillir et de gérer des données est une entrave à la conception de programmes adaptés, à l’évaluation des résultats et à l’obtention d’un financement plus que nécessaire.

C’est ce cercle vicieux que Javier Mignone, de l’Université du Manitoba, veut tenter de rompre en collaborant, comme bénévole d’USF, à un projet de l’Université d’Antioquia (UdA), à Medellin, en Colombie, soutenu par USF depuis 2019. Le but est de concevoir un cadre de collaboration éthique entre chercheurs et organismes autochtones en vue de la création de systèmes d’information sanitaire.

Les peuples autochtones représentent 2,5 % de la population colombienne. Pauvres et marginalisés, ils voient leur situation aggravée par les changements climatiques et les conflits qui visent leur territoire. Les enfants, surtout, souffrent de maladies pourtant évitables et de malnutrition chronique.

Dans certaines régions, des organismes autochtones procurent un certain filet de sécurité, mais même les plus fructueux peinent à trouver du financement : dans ce pays, en effet, le secteur de la santé est hautement privatisé, surtout sur le plan de la recherche et de l’évaluation.

Javier et ses homologues de la Faculté de santé publique de l’UdA ont organisé deux ateliers d’une semaine destinés aux professeurs, aux étudiants et aux représentants des autorités sanitaires autochtones.

people sitting around a large table in a classroom

Le doyen et les animateurs de la Faculté nationale de santé publique de l’Université d’Antioquia rencontrent les participants à l’atelier de Toribio.

La Municipalité de Toribio, qui est administrée par des Autochtones et dont la population est essentiellement composée de Nasas, a demandé l’aide de l’UdA pour créer une bibliothèque de données et un centre stratégique d’information sanitaire, c’est-à-dire une plateforme de visualisation des données.

Après un premier atelier réussi, un second a été organisé à l’intention notamment des membres d’Anas Wayuu, une importante compagnie d’assurances sans but lucratif qui sert la région de La Guajira, dans le nord, où vivent les Wayuus.

Cette compagnie, qui favorise l’accès à une gamme de services, envisageait la création d’une bibliothèque de données afin de renforcer sa capacité à produire des données probantes à l’appui de programmes de santé.

groups of people looking up at the camera from below

Les participants à la fin de l’atelier de mai 2019.

Les participants ont d’abord élaboré des lignes directrices pour encadrer la collaboration en recherche entre l’UdA et des organismes autochtones, puis ont établi des ententes de partage de données et des plans de gestion des données entre l’UdA, l’Université du Manitoba et la Municipalité de Toribio. Ils ont également adapté les principes de propriété, de contrôle, d’accès et de possession (PCAP) des Premières Nations à ce contexte particulier.

Ces ateliers sont un jalon important de la démarche vers la création de nouveaux systèmes d’information sanitaire au profit des organismes qui servent les peuples nasa et wayuu. Commentaire d’un participant : « Étant donné l’importance de disposer de données exactes, [l’atelier] est très utile en ce qu’il donne une idée beaucoup plus précise du sujet ».

Le projet permet en outre à l’Université d’Antioquia de travailler sur un pied d’égalité avec les organismes autochtones de la santé.

Grâce à ce nouveau cadre de collaboration, les futurs partenariats de recherche avec les organismes autochtones seront fondés sur la confiance et viseront un objectif commun : respecter le droit à la santé des peuples autochtones de Colombie.


Date : 2019

Bénévole : Javier Mignone, Ph. D, professeur, Département des sciences de la santé communautaire, Collège de médecine Max Rady, Faculté Rady des sciences de la santé, Université du Manitoba


Merci à la Djavad Mowafaghian Foundation grâce à laquelle ce projet peut être réalisé.

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Ghana – Renforcement des capacités de formation des travailleurs sociaux et faciliter la vie des personnes handicapées

En 2006, le Gouvernement du Ghana a adopté une loi destinée à assurer la participation à part entière des personnes handicapées à la vie de la société. Malheureusement, ses dispositions sont restées lettre morte, faute d’un nombre suffisant de travailleurs sociaux ayant reçu une formation professionnelle. Le Ghana a grand besoin de programmes communautaires accessibles en santé et en services sociaux et, surtout, de travailleurs sociaux aptes à travailler avec les enfants, les adolescents et les adultes qui présentent un handicap physique ou mental.

Michael Baffoe (à droite de la photo) et Don Fuchs (derrière à droite), tous deux professeurs à la faculté du travail social de l’Université du Manitoba, ont passé trois semaines comme bénévoles à l’Université du Ghana. En collaboration avec des partenaires sur place, ils ont dirigé des séminaires et des ateliers destinés à des professeurs, à des étudiants et à des praticiens, en plus de rencontrer des représentants du gouvernement et les responsables de certains organismes qui fournissent les services aux personnes handicapées, la plupart étant des ONG autonomes formées par des associations de « consommateurs ».

« Le projet nous a permis de consolider le programme d’études du Département du travail social de notre établissement et de créer des débouchés innovants pour les étudiants. »

 

« Le travail auprès de fournisseurs de services ghanéens très investis, déterminés à parfaire leurs connaissances et à améliorer leur capacité d’offrir des programmes et des services divers a été très inspirant. »

– Don Fuchs

Don et Michael ont pu en effet aider les professeurs du Département à mettre en œuvre des stratégies innovantes de formation pratique, ce qui représente un grand pas pour les praticiens qui, pour beaucoup, n’ont jamais eu de formation professionnelle structurée dans le domaine.

Ils ont également aidé le Département à renouer ou à renforcer ses liens avec les organismes partenaires dans le but d’améliorer la formation pratique ainsi que d’établir des relations de travail propices à une collaboration avec la ministre et le ministère de la Protection des femmes, des hommes et des enfants et de la Protection sociale en matière de services aux personnes handicapées.

Les deux bénévoles disent avoir retenu, pour leur part, à quel point la collaboration est essentielle en ce domaine, en particulier entre le monde universitaire et la société civile. Ils ont évalué les besoins sur le plan des relations de travail et de la collaboration entre les ONG qui servent les personnes handicapées et au sein de ces organisations, de même que le potentiel à cet égard. Ce dernier, ont-ils conclu, passe par une affectation structurée des étudiants du département à des postes de terrain pour permettre aux organismes d’élargir la gamme de leurs programmes et de leurs services.

À l’évidence, la formulation précise et l’expansion du rôle du Département du travail social comme catalyseur de changement et créateur de moyens innovants de répondre aux besoins des personnes handicapées auront des effets bénéfiques immédiats sur les enfants et les adultes qui dépendent de ces organismes.


Date: 2018

Bénévoles
Michael Baffoe, PhD, Faculté du travail social de l’Université du Manitoba
Don Fuchs, PhD, Faculté du travail social de l’Université du Manitoba


Merci à la R. Howard Webster Foundation, sans laquelle ce projet n’aurait pu être mené à bien.

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Soudan – Reconstituer les capacités en recherche

Prête pour la paix : une université soudanaise veut reconstituer ses capacités en recherche

Après huit mois de manifestations prodémocratie, une paix durement gagnée pourrait enfin faire cesser l’exode des cerveaux qui prive le Soudan de ses citoyens les plus brillants. Et grâce à l’appui d’Universitaires sans frontières (USF), l’Université de Dongola a une longueur d’avance.

En décembre 2018, la Pre Amal Madibbo séjournait dans le nord du Soudan dans le cadre d’une affectation de deux semaines à titre de bénévole d’USF quand elle s’est retrouvée au milieu d’un soulèvement politique d’ampleur nationale, alimenté par une coalition d’étudiants, de professionnels et de jeunes privés de leur droit de représentation.

Une hausse brutale du prix du pain a déclenché une série de protestations qui se sont vite généralisées en un mouvement visant le renversement du président Omar al‑Bashir, au pouvoir depuis plus de 30 ans.

« Voilà douze ans que je fais du bénévolat au Soudan et c’est la première fois que j’assistais à un événement de ce genre », note Mme Madibbo.

Bien avant ces manifestations, l’Université de Dongola avait demandé l’aide d’USF pour reconstituer ses capacités en recherche.

Le Soudan compte des dizaines d’universités publiques et privées, et la demande de programmes d’enseignement postsecondaire explose, mais des décennies de conflits armés et de service militaire obligatoire, ainsi que « l’islamisation » des contenus ont forcé des milliers de chercheurs à quitter le pays. Le financement des établissements s’est réduit comme peau de chagrin et le calibre des étudiants et des professeurs a diminué.

L’Université, qui accueille quelque 13 000 étudiants sur sept campus, a vite compris qu’en enseignant des méthodes de recherche de pointe à ses étudiants diplômés, elle serait mieux en mesure de produire les spécialistes nécessaires au développement et à la stabilité économiques du pays.

USF a délégué Amal Madibbo, professeure à la Faculté de sociologie de l’Université de Calgary, qui a animé plusieurs ateliers en méthodologie de recherche et en études sur les réfugiés et l’immigration, qui sont précisément ses domaines d’expertise.

Certes les manifestations qui ont balayé le pays vers la fin de décembre ont nui à la participation, mais plus de 30 professeurs et étudiants diplômés des facultés d’art, d’éducation, de droit, de soins infirmiers et d’agronomie se sont tout de même présentés.

« Nous sommes ravis de la visite de la Pre Amal à Dongola », souligne M. Ammar Sorag, directeur du Département des relations internationales de l’Université. « Nos collègues, nos étudiants diplômés et notre personnel ont tous beaucoup apprécié ses ateliers. »

Mme Madibbo a travaillé avec des professeurs et des administrateurs à l’élaboration de programmes d’études en méthodologie de la recherche et en études sur les réfugiés et l’immigration, qui visent respectivement 200 et 300 participants. Elle a également donné une formation sur la direction de thèses, pour que les futurs professeurs puissent maintenir la qualité de la recherche qui se fera désormais à l’Université.

Le pays, actuellement dirigé par un gouvernement de transition, est prêt pour une ère de paix. Quant à l’Université de Dongola, elle est en meilleure posture pour stimuler la recherche et fournir les données nécessaires à l’élaboration de politiques favorables à la stabilité et à la démocratie au Soudan.

Ce projet a été réalisé grâce à un apport de la Fondation R. Howard Webster.


Date : 2018

Bénévole : Amal Madibbo, PhD, Professeure agrégée, Département de sociologie, Université de Calgary

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